Indonésie 2/2: iles Togian

22 fév

Nous voici donc à l’aube du 2e volet de notre aventure indonésienne, à quelques encablures des iles Togian, petit paradis terrestre. C’est très logiquement par bateau que nous nous y rendons, vieux rafiot fumant ambiance boat-people. Le trajet est long, très long. Le bateau est chargé, outre les centaines de passagers, d’une quantité astronomique de marchandises diverses : cartons de soupes instantanées (Mi-Goreng) par dizaines, scooters, essence et autres saloperies déchargées des heures durant pendant la première escale. Mais le côté exotique de ce joyeux manège reste amusant, et nous fait patienter tant bien que mal. Nous assisterons même au naufrage tragi-comique de la pirogue d’un pauvre bougre éperonné par un autre rafiot : en 3 secondes chrono le frêle esquif sombre totalement, répandant contenu et occupant à la surface de l’eau.

Le soleil tape fort sur le pont, et nos organismes déjà entamés par les transports terrestres commencent à accuser le coup. En gros on en a marre et il est temps d’arriver, nous arrivons finalement en vue de notre destination : le village de Katupat et le cottage de Fadhila.

Sur le bateau, nous sommes quelques rares occidentaux, dont un couple de Français : Claire et Sylvain avec qui nous sympathisons rapidement, et qui viennent de… Grenoble ! Bonjour le dépaysement à 15000 bornes de la maison. Mais le courant passe bien, et nous nous installons dans des bungalows voisins.

Le décor est splendide, plages de sable blanc et eaux scandaleusement turquoises, cocotiers et jungle… Une bonne définition visuelle du terme paradisiaque. Nos bungalows sont évidemment sur la plage et pourvu de hamacs. Le séjour s’annonce bien. Premier bain de mer (salvateur), l’eau est à 31°…

On se rend vite compte qu’on va rapidement rentabiliser les masques et tubas, les fonds marins sont incroyables, explosion de couleurs et de formes, coraux hallucinants et poissons d’aquarium. Le snorkeling va d’ailleurs constituer une activité intensive pour les 15 jours suivants, avec son lot de découvertes quotidiennes pour finir en apothéose avec la rencontre avec une splendide raie aigle… Autre curiosité incroyable, nous partons nager dans un lac rempli de milliers de méduses qui, enfermées dans ce bras de mer depuis des milliers d’années, ont fini par ne plus avoir besoin de leur arme de défense principale : leur pouvoir urticant. Nous évoluons donc au milieu d’elles, et les manipulons à pleine main sans danger. Un peu flippant au début, mais tout simplement dingue.

Mais cette richesse écologique est en grand danger : surexploitation des ressources, pêche à la dynamite et au cyanure, mais surtout pollution menacent cette incroyable biodiversité. L’asie en général, et l’Indonésie en particulier souffre de sa gestion inexistante des déchets. La mer est un dépotoir, tout le monde y jette allégrement ses ordures, et de véritables bancs de saloperies dérivent devant ce décor de rêve. L’arrivée des produits industriels et de leur suremballage est responsable de ce massacre, mais plus encore le manque d’éducation des populations. Les locaux, qui vivent pourtant grâce aux ressources de la mer ne semblent pas saisir l’enjeu, et saccagent leur ecosystème. Ce manque de sensibilisation a frappé une poignée de touristes français de passage à Katupat, qui se sont constitués en association pour agir auprès des populations locales. Nous avons la chance de rencontrer Marion le jour de notre arrivée, présidente d’Everto (Everybody for Togean), toute jeune ONG à vocation ecologico-educative.

La cause nous séduit immédiatement et nous prendrons part à des actions menées avec les habitants du village : tournées de ramassage des déchets, mais aussi et surtout collecte et destruction d’une espèce bien particulière d’étoiles de mer qui dévore le corail. Ce mollusque, privé de prédateur par la surpêche des bateaux chinois, prolifère dangereusement et met en péril les fonds coralliens, garants de la biodiversité marine. Nous en sortirons plus de 500 en deux heures de temps, à une dizaine et équipés de pinces en bambou, car la sale bête est fortement vénéneuse.

Ces activités nous donnent autant d’occasion d’échanger avec les habitants, qui font preuve d’une gentillesse et d’une bonne humeur réconfortantes. Nous nous lions vite d’amitié avec les locaux, filons un coup de main à leur cours d’anglais , échangeons et manifestons notre intérêt et notre soutien pour les initiatives d’écotourisme qu’ils cherchent à développer.

Vous l’aurez compris, la vie est belle dans les Togians. Climat idéal, merveilles naturelles et habitants chaleureux… Mais l’heure est venue de vous révéler le gros talon d’Achille de cette région d’Indonésie : La bouffe est dégueulasse !

Nous nous attendions, après des pays comme le Vietnam, le Cambodge mais plus encore la Thailande, à une explosion de saveurs et un régal permanent. Que nenni : Sulawesi ne jure que par la friture, la bouffe grasse et bien sûr le riz que les locaux apprécient nature. Ceux d’entre vous qui nous connaissent savent combien on aime bouffer, et imaginent sans peine notre désarroi. Julie en particulier n’avale presque plus rien, la cuisine de notre cottage ayant la particularité d’être faite à l’huile de coco, goût prononcé qu’on retrouve dans tous les plats… Nous reviendrons avec quelques kilos en moins, une première après la période des fêtes.

En parlant de fête, nous laissons passer le jour de noël sans réellement s’en rendre compte, tant nous sommes à mille lieux de l’agitation de cette grande kermesse commerciale occidentale. Ça tombe bien, c’est ce qu’on est venu chercher. Ou fuir, plutôt.

Ce qu’on est venu chercher, nous l’avons trouvé : des rencontres intenses, riches et qui vous ouvrent l’esprit. Que ce soient Claire et Sylvain avec qui nous partagerons une bonne partie de notre séjour , le Staff Everto et celui de notre cottage, les habitants de Katupat et plus globalement tous les gens que nous croiserons nous offriront une belle collection de bons moments. C’est donc logique qu’après près de 15 jours passés sur notre île nous repartions le cœur serré et empreint d’une certaine émotion, reprenant notre périple en sens inverse sur le chemin du retour.

Epilogue : dernières 48h en Indonésie

Je vous passe les détails des transports du retour, une fois de plus longs et pénibles, mais m’attarderai juste sur une anecdote : de retour à Palu, nous passons la nuit sur place (après avoir fui une première chambre infestée de cafards) avec comme objectif notre vol pour Jakarta le lendemain matin, tôt. Réveil aux aurores, arrivée à l’aéroport en temps et en heure, mais là petit problème : notre vol n’existe plus. Il n’apparaît même pas sur le tableau des départs, il a tout bonnement été supprimé sans aucune forme d’avertissement. Bien entendu, le comptoir de la compagnie Batavia Airlines (!), blacklistée comme toutes les compagnies aériennes indonésiennes, est désert. Contraints d’acheter un nouveau billet chez Lion Air cette fois-ci, nous nous envolons finalement vers Jakarta, soulagés de 400 dollars au passage. Bien décidés à ne pas se laisser faire, nous nous préparons à une lutte acharnée avec les représentants de la compagnie fantôme à notre arrivée. Et une fois de plus, l’affaire se règle sans aucun énervement et en quelques secondes nous obtenons le remboursement du vol annulé, sans aucune forme d’explications. Motivés que nous étions à pousser une belle gueulante et prêts au combat, c’est est presque frustrant de facilité…

Nous passons donc nos deux derniers jours de voyage à Jakarta, mégalopole surpeuplée et sans intérêt particulier, à déambuler un peu perdus après 3 semaines de jungle et d’îles paradisiaques, dans l’attente de notre vol de retour. Shopping et Burger King (Alleluiah !), hotel Ibis, taxis et routes sans nids de poule… Rien d’extraordinaire qui ne mérite d’être narré ici.

Nous quittons donc l’Indo avec des souvenirs et des images, mais surtout ce sempiternel sentiment de bien-être que nous procurent ces incartades asiatiques et la chaleur de leurs peuples. En un mot : heureux.

Les Togian en vidéo (by Julie):

Sofarsogood – Indonésie (Sulawesi) – Décembre 2012 from Moulos on Vimeo.

Iles Togian:

Wakai / Ampana:

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